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lundi 8 septembre 2008
Taktser Rinpoche (Thupten Jigme Norbu), le frère aîné du Dalaï Lama qui fut l’un des combattants pour l’indépendance du Tibet, est décédé aux Etats-Unis à l’âge de 86 ans, le 5 septembre 2008, après une longue maladie (depuis 2002).
Son décès survient alors que le Dalaï Lama venait juste de sortir de l’hôpital de Mumbaï (Bombay) où il avait subi des examens faisant suite à une douleur abdominale, considérée finalement comme sans gravité.
Thupten Jigme Norbu est né en 1922 dans le village de Taktser et fut reconnu par le 13ème Dalaï Lama à l’âge de 3 ans comme Tulkou (réincarnation) de l’abbé du monastère local, puis fit ses études au monastère de Kumbum en Amdo (aujourd’hui le Qinghaï) dont il devint l’Abbé à l’âge de 27 ans. Il était donc une personnalité religieuse reconnue avant même la naissance du Dalaï Lama.
En 1950, alors que le Dalaï Lama était à Lhassa, des officiels chinois ont tenté de persuader Taktser Rinpoche d’aller voir son frère le Dalaï Lama et de le persuader d’accepter la "libération pacifique" du Tibet.
Taktser Rinpoche accepta, mais échappa à son escorte et informa le Dalaï Lama de ses doutes sur les intentions du pouvoir communiste au Tibet. Il incita fortement son frère à fuir le Tibet vers l’Inde (ce qu’il fit seulement après le soulèvement populaire du 10 mars 1959).
En 1951, Taktser Rinpoche fut le premier Tibétain à se réfugier aux Etats-Unis et en 1979, il fonda le "Tibetan Culture Center" (Centre de culture tibétaine), renommé ultérieurement "Tibetan Mongolian Buddhist Cultural Center" (Centre culturel bouddhiste tibéto-mongol) à Bloomington dans l’Indiana aux E-U, où il enseigna jusqu’à sa retraite, et le "International Tibet Independence Movement" (association Mouvement International pour l’indépendance du Tibet) en 1995. Il fut également représentant du gouvernement tibétain en exil au Japon et aux Etats-unis.
Marié à Kunyang Norbu, il avait eu avec elle trois fils : Lhundup Norbu, 46 ans, Kunga Norbu, 45 ans et Jigme, 42 ans.
Thubten Jigme Norbu est l’auteur de différents ouvrages et textes dont son autobiographie "Tibet is my country" [1], "Tibet, an account of the history, the religion and the people of Tibet" [2], et "Tibet, patrie perdue" [3] (ouvrages actuellement indisponibles (neufs) en français).
Taktser Rinpoché et le Dalaï Lama avaient des points de vue très différents sur la question de l’avenir du Tibet, le Dalaï Lama prônant depuis 1987 une "Voie médiane [4]", devant aboutir à une autonomie véritable pour le Tibet, alors que Taktser Rinpoche a toujours milité pour une indépendance complète, mais ceci n’a jamais affecté les bonnes relations entre les deux frères.
Source : Phayul 6 septembre 2008
[1] "Tibet is my country"
Edit. : Wisdom Publications, 25 janv. 1987, 272 pages.
(traduit de l’allemand)
ISBN : 978-0861710454
[2] "Tibet, an account of the history, the religion and the people of Tibet"
Editeur : Simon & Schuster, 1968.
[3] "Tibet, patrie perdue"
Editeur : A. Michel Montrouge, Impr. moderne (1963)
raconté par Heinrich Harrer et traduit de l’allemand
[4] La Voie Médiane fut la base de réflexion annoncée par le Dalaï Lama en 1974 pour trouver une solution à la question tibétaine, en prônant une recherche de compromis avec le gouvernement chinois. Lorsque des contacts directs avec le gouvernement de Pékin furent établis en 1979, Deng Xiaoping déclara "qu’à l’exception de l’indépendance, tous les problèmes pourraient trouver une solution par la négociation". Cette Voie Médiane est rappelée par le Dalaï Lama dans ses discours prononcés le 10 mars de chaque année
Sa Sainteté Le XIVème Dalaï-Lama demande, à tous les êtres sensibles à la cause du Tibet, d'entamer un jeûn et de pratiquer le mantra de Tchenrézi : OM MANI PADMé HOUNG, le samedi 30 août 2008 de 7 h à 19 h. Vous pourrez, en fin de journée, communiquer votre nombre de mantras au Vénérable Tharchin Rimpoché du centre Rintchen Pal.
Lundi 18 Août 2008
Le Parti socialiste a dénoncé dimanche "la valse-hésitation diplomatique irresponsable" du gouvernement français sur la question du Tibet après l'annonce par le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner qu'il ne rencontrerait pas le dalaï lama.
"Cette annulation ajoute un peu plus à la valse-hésitation irresponsable du gouvernement sur la question du Tibet", a affirmé dans un communiqué Faouzi Lamdaoui, secrétaire national PS à l'égalité.
Selon lui, "la mission-pseudo diplomatique de Carla Bruni, la confusion de la secrétaire d'Etat aux droits de l'Homme Rama Yade et la versatilité de Bernard Kouchner montrent que la diplomatie sarkozyste est totalement désordonnée".
"La diplomatie sarkozyste n'est ni une diplomatie des valeurs ni une real-politik, c'est une diplomatie sans boussole" dont "la seule ligne directrice semble être de ne pas déplaire à Pékin", a accusé M. Lamdaoui.
"Cette diplomatie incohérente n'aide pas le Tibet et nous isole en Europe", affirme encore le PS pour qui "l'amateurisme diplomatique basé sur des improvisations médiatiques hasardeuses doit cesser immédiatement".
Bernard Kouchner a indiqué au Journal du Dimanche qu'il ne rencontrera pas le dalaï lama le 20 août, son calendrier étant "bouleversé par la crise géorgienne".
Source : AFP
A la lecture de dette article je me range a l'opinion du partie socialiste et je rajouterais même qu'au vu du comportement du gouvernement Français vis a vis de la Chine et du Tibet, je serais tenté de croire que bientôt la France deviendra une Belle Province Chinoise, vu l'admiration que notre cher président ainsi que toute sa cour vous au Bon et Grand Bienfeteur de L'Humanité Dictatorial Chinois, pour conclure et pour faire plaisir a notre tres cher président, vite courons en librairie nous procuré sans attendre le LIVRET ROUGE DE MAO, histoire de nous habituer au cas où le gouvernement tournerais en Dictature Chinoise.
P.S. : Je tiend quand même a preciser que je n'ai aucune aminosité enver le peuple chinois qui doit lui aussi subir la politique de sont pays et que la seule animosité que je pourais avoir n'est dirigé qu'enver le gouvernement Chinois qui foule du pied les droits les plus basique de l'être humain ! .
mercredi 25 juin 2008
- Pourquoi à quelques semaines des Jeux olympiques, les autorités chinoises ne peuvent plus ignorer le Dalaï Lama ?
- Quel rôle la France a-t-elle à jouer auprès de la Chine, à l’heure de la Présidence de l’Union européenne ?
Louis de Broissia propose des éclaircissements sur ces questions dans un article du Journal du Parlement.
La France, qui s’est toujours montrée déterminée dans son soutien au Dalaï Lama, possède à l’évidence une carte d’importance à jouer, avec la Présidence de l’Union européenne au moment des Jeux olympiques, tandis que la Chine, qui suit ce dossier explosif avec la plus grande vigilance, a encore la possibilité de reprendre la main si elle enclenche de réelles négociations.
Pour le Journal du Parlement, le sénateur Louis de Broissia nous montre pourquoi la Chine a besoin du Dalaï Lama.
Deux enseignements peuvent être tirés des événements récents à Lhassa et dans les autres villes tibétaines. D’une part, en dépit des accomplissements économiques du régime, les Tibétains - et notamment la jeune génération - n’acceptent toujours pas la domination de type colonial que la Chine exerce sur eux depuis bientôt soixante ans.
D’autre part, en dépit de son exil prolongé et des campagnes "d’éducation patriotique", l’immense majorité des Tibétains considère toujours le Dalaï Lama comme son chef spirituel et politique légitime, ainsi que leur "identité respectée et reconnue parmi les nations".
Les masques sont tombés. Les autorités chinoises ne peuvent plus s’abriter derrière le discours glorifiant la liberté politique et le bien-être économique des Tibétains, qu’elles m’avaient tenu au mois d’août 2006, lorsque j’avais conduit à Pékin et Lhassa une délégation de sénateurs français [1]. Aujourd’hui, il est patent que le pouvoir au Tibet repose uniquement sur la force et sur la peur.
Les dirigeants de Pékin se retrouvent ainsi dans une situation extrêmement inconfortable devant l’opinion publique mondiale, à trois mois seulement de l’ouverture des Jeux olympiques. Pour en sortir, une seule voie s’ouvre à eux : celle de la négociation avec le Dalaï Lama. Les négociations sino-tibétaines, dont les débuts remontent à la fin des années 1970 [2], mais qui ont connu des éclipses, ont été relancées depuis 2002. C’est ainsi que six "rounds" de négociation se sont succédés, jusqu’au mois de juillet 2007, sans toutefois enregistrer beaucoup de progrès. Une nouvelle rencontre a eu lieu le 4 mai dernier, c’est-à-dire après les événements récents au Tibet. Il est encore trop tôt pour savoir si cette reprise du dialogue débouchera sur quelque chose de tangible ou s’il s’agit d’une simple concession de façade. La difficulté est que les autorités chinoises, tout en acceptant officiellement de discuter avec les envoyés du Dalaï Lama, persistent à diaboliser celui-ci. Le chef spirituel et politique des Tibétains, avec le réalisme qui le caractérise, ne revendique plus depuis longtemps l’indépendance. Il souhaite seulement que son peuple bénéficie d’une vraie autonomie, qui lui permettrait de préserver la spécificité de sa culture au sein de l’ensemble chinois. Mais les dirigeants de Pékin affectent de ne pas croire à la sincérité, pour mieux le dénoncer comme un "séparatiste" adepte du double langage. Il devient urgent pour eux d’abandonner cette rhétorique stérile, et de prendre conscience de la chance qu’ils ont d’avoir pour interlocuteur un homme de paix et de dialogue comme Tenzin Gyatso, le 14ème Dalaï Lama.
En effet, les événements récents le démontrent, toute une fraction du peuple tibétain n’accepte ni la renonciation du Dalaï Lama à l’indépendance, ni la voie de la non-violence qu’il a choisie et défend avec constance. Ceux qui, au sein du régime communiste chinois, spéculent sur la disparition inéluctable du Dalaï Lama, âgé de 72 ans [2], en espérant que la question du Tibet sera alors définitivement classée, se trompent lourdement. Ce sont les dirigeants chinois partisans d’un accord du vivant du Dalaï Lama - ils existent, même si on ne les entend guère à l’heure présente - qui font un pari raisonnable.
La main tendue par le Dalaï Lama aux Chinois est toujours ouverte. Et nous l’avons vu jeter tout le poids de son autorité dans la balance, pour faire cesser les violences de la part des insurgés au Tibet. Car il savait que le retour au calme était la condition préalable à toute reprise des négociations sino-tibétaines. Je suis convaincu que le Dalaï Lama aura la force d’entraînement suffisante pour faire accepter par son peuple une solution de compromis, conforme à la "Voie médiane" [3]" qu’il prône depuis des années. Les autorités chinoises doivent se convaincre que la conclusion d’un accord politique, qui permettrait le retour des exilés au Tibet et du Dalaï Lama à Lhassa, loin d’être un désaveu de la présence chinoise sur le haut plateau, serait un message de confiance et de paix qu’elles adresseraient au reste du monde.
Alors la République populaire de Chine pourrait-elle tendre aux exilés tibétains la main du retour : alors le Tibet ne resterait plus une question internationale mais redeviendrait ce "patrimoine mondial de l’humanité", orgueil d’une Chine, puissance mondiale.
Le Journal du Parlement
Nouvelle série, n° 42 - Juin 2008
Prix : 5 €
Rédaction : Tel : 01 43 79 07 37 - Fax : 01 43 79 76 88
Courriel : redaction@le-journal-du-parlement.fr
[1] Voyage durant lequel les sénateurs formaient le vœu que les discussions engagées entre le Dalaï Lama et le gouvernement chinois puissent déboucher sur un accord avant les Jeux olympiques de Pékin en 2008.
[2] Le XIVème Dalaï Lama, Tenzin Gyatso, est né le 6 juillet 1935 à Taktser, dans l’Amdo, sous le nom de Lhamo Thondup. Voir une courte biographie du Dalaï Lama.
[3] La Voie Médiane fut la base de réflexion annoncée par le Dalaï Lama en 1974 pour trouver une solution à la question tibétaine, en prônant une recherche de compromis avec le gouvernement chinois. Lorsque des contacts directs avec le gouvernement de Pékin furent établis en 1979, Deng Xiaoping déclara "qu’à l’exception de l’indépendance, tous les problèmes pourraient trouver une solution par la négociation". Cette Voie Médiane est rappelée par le Dalaï Lama dans ses discours prononcés le 10 mars de chaque année
samedi 26 avril 2008
Aujourd’hui je voudrais lancer un appel personnel à tous les frères et sœurs spirituels chinois, ceux de République Populaire de Chine et d’ailleurs, en particulier à ceux, disciples du Bouddha.
Je vous sollicite en tant que moine bouddhiste, et élève de notre vénéré maître, le Bouddha.
J’ai, avant cela, fait d’une manière générale, un appel à la communauté chinoise. Maintenant, j’en appelle à vous, mes frères et sœurs spirituels, au sujet d’un problème humanitaire urgent.
Chinois et Tibétains partagent un même héritage spirituel dans le bouddhisme Mahayana. Nous adorons le Bouddha de la compassion - Guan Yin dans la tradition chinoise, Chenrezig dans la tradition tibétaine - et nous révérons la compassion, envers tous les êtres qui souffrent, comme l’un de nos plus grands idéaux spirituels.
En outre, puisque le Bouddhisme s’est d’abord répandu en Chine, avant son départ de l’Inde pour le Tibet, j’ai toujours estimé les bouddhistes chinois avec la révérence convenue envers de grands frères et sœurs spirituels.
Comme la plupart d’entre vous le savent, depuis le 10 Mars de cette année, une succession de manifestations a eu lieu à Lhassa et dans de nombreuses régions tibétaines. Elles sont le résultat d’un profond ressentiment tibétain envers la politique du gouvernement chinois.
J’ai été profondément attristé par la perte de vies humaines, autant chinoises que tibétaines, et j’ai alors immédiatement incité les autorités chinoises et les Tibétains à la retenue. J’ai tout particulièrement demandé aux Tibétains de ne pas recourir à la violence.
Malheureusement, les pouvoirs chinois ont eu recours à des méthodes brutales pour gérer ces événements, malgré les exhortations àla retenue de nombreux dirigeants internationaux, d'ONGs, de notables mondialement reconnus, et notamment de nombreux universitaires chinois.
Dans le tumulte des événements, il y eut des pertes de vies humaines, des blessures pour beaucoup, et des mises en détention d'un grand nombre de Tibetain. Les répressions se poursuivent encore, orientées particulièrement vers les institutions monastiques, berceaux traditionnels des connaissances ancestrales et des traditions bouddhiques. Plusieurs d’entres-elles sont maintenant bouclées. Des comptes-rendus nous rapportent que beaucoup de ceux qui y sont prisonniers sont battus, et traités cruellement. Ces mesures répressives semblent faire partie d’une politique officielle de sanction systématisée.
Sans observateurs internationaux, ni journalistes ou même touristes autorisés au Tibet, je suis profondément inquiet pour le sort des Tibétains.
Nombre de ceux qui ont été blessés durant les répressions, en particulier dans les régions écartées, craignent de demander une aide médicale par peur d’être arrêtés. D’après des sources sûres, des personnes fuient vers les montagnes où ils n’y ont ni refuge, ni nourriture. Ceux qui restent derrière eux, vivent dans la crainte constante d’être parmi les prochains arrêtés.
Je suis profondément peiné de cette souffrance manifeste. Je suis très inquiet des conséquences que pourraient engendrer ces tragiques développements.
Je ne crois pas que des mesures répressives puissent fournir une solution à long- terme. La meilleure façon d’aller de l’avant serait de résoudre les difficultés entre les Tibétains et l’autorité chinoise par le dialogue, comme je l'ai préconisé depuis très longtemps.
J’ai de manière répétée assuré à l’autorité de la République Populaire de Chine que je ne recherchais pas l’indépendance. Ce que je souhaite est une autonomie tangible pour le peuple tibétain, qui lui assurerait la pérennité de notre culture bouddhique, de notre langue, et de l’identité propre à notre peuple.
La riche culture bouddhiste tibétaine est une part du plus large héritage culturel de la République Populaire de Chine, elle a en cela le potentiel d’être bénéfique à nos frères et sœurs chinois.
A la lumière de cette présente crise, je vous sollicite tous afin de contribuer à demander l’arrêt immédiat des répressions brutales qui ont cours actuellement, la remise en liberté de tous les détenus, et la prise en main médicalisée des blessés.
Le Dalaï Lama
Hamilton, Etat de New-York, USA
Le 24 Avril 2008.
Source : dalailama.com, 24 avril 2008
LEXPRESS.fr du 23/04/2008
Entretien
Propos receuillis par Pascal Ceaux
Proche du guide spirituel des Tibétains, le moine bouddhiste Matthieu Ricard compte sur la mobilisation internationale pour forcer la main de Pékin. Et contrecarrer sa politique de sinisation forcée.
Le Tibet semble aujourd'hui coupé du monde. Etes-vous informé de ce qui s'y passe?
l n'y a plus de journalistes occidentaux. Mais il reste des témoignages directs. Aujourd'hui encore, des personnes parviennent à téléphoner à l'extérieur du pays, au risque d'être jetées en prison. C'est par elles que nous avons pu établir le bilan des victimes de la répression chinoise. Au moins 192 personnes ont été tuées, et 2 300 arrêtées. Les autorités de Pékin prétendent que le dalaï-lama est derrière les émeutes. Je suis très agacé quand j'entends qu'il y a deux versions des faits, finalement aussi crédibles l'une que l'autre, celle des Tibétains et celle des Chinois. C'est comme si on affirmait que le créationnisme a la même valeur scientifique que la théorie de l'évolution!
La perspective des Jeux olympiques de Pékin a-t-elle été, selon vous, le déclencheur des événements?
Beaucoup de Tibétains se sont dit: «Si la comédie des Jeux se joue et qu'il ne se passe rien, c'est fichu pour nous.» Le dalaï-lama, en exil, préconise le dialogue mais, à l'intérieur du pays, les jeunes se sont radicalisés. Pour eux, l'attitude de l'occupant encourage le terrorisme. A Lhassa, il y a désormais des trains qui viennent de Chine quatre fois par jour. 80% des résidents de cette capitale sont chinois. Au total, ils sont 7 millions sur le territoire, pour 6 millions de Tibétains. Les ressources naturelles sont pillées. La déforestation a été massive, et aujourd'hui les Tibétains n'ont même plus le droit de récolter du bois pour construire leurs maisons. Le tourisme est devenu le principal moteur de l'économie. Il y a, en proportion, plus de prostituées à Lhassa que dans n'importe quelle ville de Chine. Ils veulent la transformer en une sorte de Las Vegas. Les Tibétains ne supportent plus cette situation, qui s'ajoute à la dictature et à la sinisation forcée, semblable à celle imposée à la Mongolie-Intérieure. Toutes les écoles enseignent en chinois. Les fonctionnaires tibétains ont l'obligation de s'exprimer en chinois. S'ils ne sont pas vêtus à la chinoise, s'ils refusent de boire de l'alcool, ils sont suspects. Et puis il y a la propagande. On raconte aux Chinois que les Tibétains se nourrissent de la chair des nouveau-nés. Je me souviens d'avoir discuté avec une avocate qui y croyait dur comme fer.
© J. Robine/ AFP
Avec le dalaï-lama, à Paris, en 2003. «Il est d'abord une figure spirituelle qui défend ses valeurs: la non-violence, l'altruisme, la compassion. Il n'est pas un chef.»
En France, quelques voix dénoncent le caractère théocratique du bouddhisme tibétain. Le retour du dalaï-lama pourrait-il se traduire par un système dans lequel tout le pouvoir irait aux moines?
Ça, c'est l'argument du pouvoir en place à Pékin. C'est à peu près comme si on parlait d'un retour à la France de Louis XVI! Aucun Tibétain ne veut revenir soixante ans en arrière. Le dalaï-lama a maintes fois répété que son projet d'autonomie s'inscrivait dans un cadre démocratique et laïque. Une Constitution a été rédigée. Un Parlement a été élu en exil dans le respect strict de la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Il faut bien comprendre que le dalaï-lama est d'abord une figure spirituelle qui défend ses valeurs: la non-violence, l'altruisme, la compassion. Ce n'est pas un chef. Il ne délivre pas des encycliques comme le pape.
Gandhi, autre adepte de la non-violence, avait une dimension politique que le dalaï-lama n'a pas...
On ne peut pas comparer. L'Inde était confrontée à une puissance coloniale qui n'était pas totalitaire: l'Empire britannique. Aujourd'hui, le dalaï-lama vit à l'extérieur de son pays avec un soixantième de la population. A l'intérieur, le territoire est immense, les 6 millions de Tibétains sont dispersés. Il doit compter sur le soutien des nations, afin d'effectuer une véritable pression sur la Chine. S'il ne dispose pas d'un appui politique fort, comme celui des Etats-Unis à Taïwan ou à Israël, il n'arrivera à rien. Il est sincère dans ses revendications, il ne réclame pas l'indépendance. Le dalaï-lama demande l'ouverture d'un dialogue sans conditions.
La cause du Tibet rencontre un écho supérieur à celui des souffrances d'autres peuples. Comment expliquez-vous cette popularité?
Longtemps, les gens ont été fascinés par les mystères du bouddhisme. C'est la grandeur morale et spirituelle du dalaï-lama qui est aujourd'hui à l'origine de son immense popularité. Un sondage récent en Allemagne montrait que dans ce pays il était plus populaire que le pape Benoît XVI, lui-même allemand! Et les valeurs qu'il incarne ont une grande résonance. Le bouddhisme repose sur une psychologie humaine vieille de plusieurs siècles. Il apprend à se débarrasser de l'égocentrisme. Il valorise la lucidité, le calme, le courage, qui n'ont rien à voir avec la passivité, comme on veut parfois le faire croire. Pratiquer la non-violence, ce n'est pas quelque chose de facile.
Le bouddhisme tibétain est très minoritaire. Quelles sont ses particularités?
Les 103 volumes du Bouddha forment un canon unique pour tous. Les différences sont liées à la géographie. Le véhicule de diamant, dans lequel se reconnaît le bouddhisme tibétain, donne le plus d'importance aux exercices spirituels. Neuf ans d'étude de la philosophie bouddhiste sont nécessaires. Les textes ne sont pas des formules magiques. Le travail de la concentration est quotidien: il permet de conserver une attention parfaite pendant quarante-cinq minutes, au lieu de cinq minutes pour les autres personnes.
En France, le mot gourou peut avoir une connotation sectaire. Qui sont ces «maîtres» du bouddhisme?
Rien n'est plus loin d'un «maître» qu'un exploiteur. Il est l'exemple vivant de ce qu'il enseigne. J'en ai eu deux: j'ai passé sept ans avec le premier, quinze ans avec le second. Ils m'ont guidé dans ma pratique spirituelle, m'ont enseigné la manière de développer l'altruisme et la compassion. Tout le contraire de ceux qui prêchent «Aimez-vous les uns les autres» et bénissent les fusils et les canons.
Sentez-vous aujourd'hui que quelque chose est possible pour le Tibet?
Mis à part l'indépendance, tout peut être discuté, avait déclaré l'ex-n° 1 chinois, Deng Xiaoping, alors discutons. Les Jeux olympiques sont un levier très puissant pour notre cause. Il faut en profiter, car après la répression risque d'être encore plus sauvage.
mercredi 16 avril 2008
Dans une conférence de presse à Seattle devant des reporters chinois, le 12 avril, Sa Sainteté le Dalaï Lama a démenti l’impression erronée selon laquelle les Tibétains seraient anti-chinois et souhaiteraient expulser du Tibet les personnes d’origine han.
Une vingtaine de journalistes chinois des USA et du Canada, dont un correspondant de Xinhua (Chine Nouvelle) basé à Los Angeles, ainsi qu’une équipe télévisée de Phoenix TV, assistaient à la réunion.
Sa Sainteté indiqua que les Tibétains du Tibet ne devaient pas devenir une minorité, et que l’environnement et la culture du Tibet devaient être préservées.
A la question sur ce que devrait faire le gouvernement chinois pour aider à la résolution du conflit, Sa Sainteté a répondu "vous pouvez aider". "La Chine continue à déclarer que le dialogue pourra commencer quand le Dalaï Lama cessera ses actions indépendantistes, alors que le monde entier sait que je ne recherche pas l’indépendance". [1]
"S’il vous plait, je vous en prie, soyons clair", dit le Dalaï Lama, "si j’avais quelque chose à cacher, je resterais loin des médias chinois, plutôt que de les rechercher."
En réponse à une question sur son message à faire passer aux responsables chinois, Sa Sainteté indiqua que dans sa lettre du 19 mars 2008 adressée aux plus hauts dirigeants de Pékin, il appelait le gouvernement chinois à cesser ses actes de répression au Tibet et à assurer l’assistance médicale aux blessés.
Il expliqua que, dès les premières protestations au Tibet, il avait demandé au gouvernement chinois d’autoriser des enquêtes indépendantes au Tibet afin de rétablir la vérité. Sa Sainteté a nié les accusations selon lesquelles il était impliqué dans les protestations au Tibet.
Sa Sainteté a aussi dit que des équipes des médias indépendants devraient se rendre au Tibet afin de se rendre compte des faits, sans surveillance officielle.
"Je veux dire au gouvernement central de Chine que le temps est venu d’accepter la réalité et la nécessité d’une approche réaliste". Faisant exception d’officiels locaux qui déforment la réalité, Sa Sainteté souligne que les autorités chinoises doivent "rechercher la vérité dans les faits". [2]
"Pour le Tibet, la séparation et l’indépendance ne se prêtent pas à la réalité, vu que les Tibétains et les Chinois ont vécu côte à côte depuis plus de mille ans", dit le Dalaï Lama. En citant l’exemple de l’Union européenne, Sa Sainteté souligna qu’il est du meilleur intérêt pour les Tibétains de rester au sein de la République Populaire de Chine.
"La Chine est une nation multiculturelle et multiraciale, avec diverses nationalités, et le peuple de chaque nationalité a la responsabilité de préserver sa culture", dit Sa Sainteté.
"Les Tibétains ont leurs propres religion et culture, dont la langue tibétaine, qui valent d’être préservées".
Sa Sainteté souligna que le problème du Tibet devait être résolu entre les Chinois hans et le peuple tibétain.
En réponse à une question sur les moyens d’améliorer la compréhension entre Tibétains et Chinois, Sa Sainteté dit qu’il a encouragé les Tibétains à aller rencontrer le peuple chinois. Sa Sainteté précise que les contacts officiels avec les autorités chinoises ont été établis en 1978-79, ajoutant que les années ’80, sous Hu Yaobang, avaient été une période encourageante.
"En 2002, nous avons rétabli le contact avec les autorités chinoises et tenu jusqu’à présent six pourparlers. Durant le cinquième, les Chinois ont admis que le Dalaï Lama ne recherchait pas l’indépendance, ensuite, ils changèrent d’avis et durcirent leur position au cours du sixième pourparler".
Sa Sainteté précise qu’en tant que bouddhiste, il a rencontré des Chinois bouddhistes. En particulier depuis une dizaine d’années, de nombreux Chinois bouddhistes du sud-est asiatique et de Chine continentale ont suivi ses enseignements. Il indique avoir toujours saisi l’occasion de rencontrer séparément les Chinois bouddhistes de Chine continentale, ajoutant qu’il était mieux de se rencontrer et de se parler plutôt que de rester distant.
Réitérant sa demande d’une réelle autonomie du Tibet, Sa Sainteté remarque qu’à part de petits groupes de Tibétains, la majorité des Tibétains en exil et au Tibet a toujours soutenu son "Approche de la Voie Médiane". Sa Sainteté qualifie sa politique d’approche réaliste, qui peut conduire à une solution d’entente mutuelle.
Réaffirmant son soutien aux Jeux olympiques de Pékin, Sa Sainteté indique qu’après les rassemblements de Tibétains à Londres et à Paris lors du relais de la flamme olympique, il a appelé les Tibétains de San Francisco à exclure l’usage de la violence. Sa Sainteté, cependant, a défendu la "liberté d’expression" des protestataires, disant "Je n’ai aucun droit de les y interdire".
Dans le souci de ne pas causer d’embarras au gouvernement indien, Sa Sainteté a demandé aux représentants des ONGs tibétaines d’annuler leur marche pacifique vers le Tibet, ce qu’ils ont accepté.
Sa Sainteté déclara que le chemin de fer entre le Tibet et la Chine était un signe positif de développement, sauf s’il est utilisé pour des objectifs militaires, l’exploitation des ressources naturelles et l’immigration de nouvelles populations han [3]. Expliquant que les Tibétains ne sont pas opposés au développement, Sa Sainteté affirma qu’aucun Tibétain n’était intéressé à garder un Tibet arriéré.
Sa Sainteté exprima son inquiétude sur le fait que le gouvernement chinois, de façon intentionnelle ou non, mène un génocide culturel au Tibet. Il rapporta sa rencontre aux Etats-unis avec un étudiant tibétain du Qinghai qui ne savait pas parler tibétain. L’étudiant lui expliqua que les officiels locaux donnaient la plus haute priorité à la langue chinoise sans aucun moyen d’étudier le tibétain. [4]
Le département d’études tibétaines de l’université de Lhassa est négligé, et les restrictions et les cours de "rééducation patriotique" s’accroissent dans les monastères. Il dit que certaines autorités chinoises voient dans le bouddhisme tibétain une source d’activité séparatiste. Aujourd’hui à Lhassa, où vit une population de 300 000 habitants, les deux-tiers sont des Chinois han dont la plus grande partie possède des commerces. Ainsi, les habitants sont forcés de parler chinois.
Sa Sainteté souligna qu’il se consacrait à ses trois engagements - promouvoir les valeurs humaines, promouvoir l’harmonie religieuse et aider à la résolution de la question du Tibet. Sa visite aux Etats-Unis d’Amérique concerne son attachement aux deux premiers engagements.
source : www.dalailama.com, 15 avril 2008
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[1] Extrait de son discours du 10 mars 2007 : "En ce qui concerne nos relations avec la Chine, dès 1974 nous avons réalisé que l’occasion d’ouvrir le dialogue avec la Chine se présenterait inévitablement, un jour ou l’autre. Nous nous sommes préparés dans le but d’obtenir une véritable autonomie, en laquelle tous les Tibétains seraient unifiés, tel que le prévoit solennellement la constitution chinoise".
Ce genre de commentaire revient dans presque chacun de ses discours, le 10 mars de chaque année
[2] NdR Clin d’oeil au discours de Deng Xiao Ping qui, en 1978, "a souligné l’importance de libérer les esprits, de rechercher la vérité dans les faits, d’unir toutes les forces susceptibles d’être unies, de se tourner vers l’avenir et d’aller en avant".
Exemple : citation du Quotidien du peuple, version française
[3] Voir les articles Voie ferrée Qinghai-Lhassa : l’impact de cette ligne selon le Dalaï lama et La voie ferrée menace le lac Koko Nor
[4] Voir à ce sujet l’article de fond "L’extermination planifiée d’une ancienne civilisation"